Pressurisation

On est foutu
mon jaune d’œuf est âpre
il donne le vomi et le tournis de l’agoni
mon jaune d’œuf est vert comme un câpre
et sent les mains rouges du boucher
relent d’huître et de menthe
on est fichu
j’ai le cafard
j’ai le cafard dans ma tête qui mastique
mon cerveau comme un chewing-gum à la fraise
et fait des bulles de poison épaisses
des boréales de venin nacrées
tandis que des carcasses de papillons clapotent dans mon ventre
comme des mégots fracturés
leurs couleurs me hantent
et leurs organes à fleur se tortillent d’arabesques vrilles ineptes
c’est magnifique on est foutu
le ciel va devenir orange fushia gris
comme mon cleps fluo qui clamse
atteint par les haleurs d’eau lourde des usines à ribosome
non loin on est foutu
même ton joli petit cul et tes yeux de coquelicot
commotions de printemps
finiront en choux fleur d’hormones déglinguées
la gerbe jusqu’à tes omoplates plates
dans un râle de clapot dur
on est foutu rien à faire
j’ai déjà dans le dos une boursouflure
une grappe de têtards aussi grosse qu’un steak tartare
je la sens m’ignorer et grandir crochu dans son coin
on est foutu
l’autre jour j’ai fait un rêve un zèbre dodelinait de la tête comme un essuie-glace
ses rayures se fronçaient en angles sveltes
avec un bruit de clé à molette
c’était la mort
un hippopotame est venu s’ouvrir le bide à l’aide d’une dent de crocodile gâtée
puis s’est pendu à ses propres tripes sur un arbre où des singes vomissaient du sang abrupte
comme du jus de fruit
les animaux morts nous hantent
on est fichu
l’horizon cristallise une aube ambre de miel pops
carapace de caramel
la coquille d’or d’une palourde au scrotum noir
trompeur car de derrière d’inoculaires masses de tourbillons ballonnent les poumons de glaucomes pas beaux
et des villes entières sont déshydratées
comme des pommes flétries
du bacon d’astronaute
des chats sur les bords d’autoroute légers comme des momies
des villes entières ont pourries
exhalant d’insidieux sucs électriques et d’infinies bactéries exfoliantes
dans des capharnaüms de chairs tièdes et des barnums de délires errants
on est fichu
les blés se sont figés dans la rouille ocre et les ossements de maïs
ressemblent stoïques à des extraterrestres au centaine d’yeux exsudés
et les pommes de terre ont gâté dans les sols lyriques
et les limaces ont fondu comme des flocons sous les grêles acides
et les arbres ont pelés jusqu’à la moelle inexorablement éteinte
et les betteraves véreuses ont bouilli
le bec des oiseaux défigurés
et les quelques vies encore vivantes
imitent la mort pour survivre
cachées recluses enfoncées disparues
dans des strates et des plis
comme moi dans mon bunker où ça sent
le sciure pleine de pisse
les dernières gouttes du parfumeur vanille
et les fragrances grasses des conserves bolognaise
qui tirent la langue.

Berceuse && Non (par Ingrid S.Kim)

Berceuse
J’avais des trucs à dire tout à l’heure
Des jolis comme « tes berceuses acouphènes »
Et puis des moins jolis qui parlaient de pouffiasses
De mensonges
De ceux qui vous endorment oui
Et puis
De suicides manqués au secret des calanques
De ruptures inventées
De trucs sans élégance
Quoi
Mais j’avais des trucs à dire je crois
Sur la loyauté
Des uns
Des unes
Et d’autres j’avais
Des questions à poser
Il te l’avait dit toi ?

Ils sont entrés dans ta bouche

Ils sont entrés dans ta bouche. Tous entrés. Ils sont entrés dans ta bouche et se sont assis là. Et quand ils ont fini de s’asseoir ils ont sorti le thé, du thé anglais de riche, ils ont levé les tasses, de porcelaine vieille. Et les tasses faisaient un décalage avec leur dégaine et leur allure moderne. Tous dans ta bouche.
Tous dans ta bouche et tous entre tes dents, mais leurs vestes smoking faisaient des petits plis très distingués. Tous assis sur ta langue,

C’est nous qui sommes au cinéma l’univers le 07 novembre 2018

On a pris un gros
carton
dessiné dessus un vaisseau spatial
jus de collé à la glu un fusio-moteur à boson-boum
tout mis à l’intérieur des câbles beaux et des lumières bip
puis tassé la team malléable

des bizouteux
Lucien Brelok qui s’est aplati tout au fond
Biloutaski qui a plongé en bombe piscine dans l’aplat Lucien
foutant du Brelok partout et Vanhonfleur
qui n’aime pas la piscine parce que les gens mettent leur peau dedans
ensuite
1…2…4… euh non 3…

Se protéger du dehors

L’inutilité des gros muscles est flagrante dans le cadre d’une survie totale les gros muscles consomment une quantité d’énergie de qualité supérieure ainsi Rambo ne peut survivre dans la jungle avec de l’eau moche et de la boue pas belle et de la mangrove laide trop de muscle = perte excessive d’oxygène = mobilité réduite = agilité négative alors : si le monde vient à crever les musclés bien gonflés tomberont comme des mouches tandis que les muscles secs et tendus et noueux et vifs et racinaux et nerveux sont de premier plan fonctionnels ils permettent la bonne anticipation d’une parfaite circulation des ressorts de la force et,