à l’évidence de ton corps

à l’évidence de ton corps (qui surgit quand le mien s’abandonne aux images de l’oubli) le ressouvenir et ses aplats de mensonges (toutes ces couleurs à travers tes yeux aveugles) les miens aveuglés de folie et d’amour (de folie avant tout) (nos quatres yeux un amour si difforme) (grimace) plus à propos peut-être (déformé par ce qu’il m’était impossible alors de voir) de ce qui littéralement m’arrachait le regard (corps violenté) (marqué, manipulé) et la raison s’égarant dans le souvenir de ta peau oubliée (tes mains froides) contre les miennes (moites) (mains qui manipulent) ton corps (moi qui suis malgré moi) (être d’un au delà ou au delà d’un être) en deçà (je ne sais plus) d’où proviennent tes murmures (ces paroles) à peine audibles (qui résonnent) au travers (du couloir des sans pas) le bruit de tes pas (derrière moi) ton corps (à l’évidence) qui me suit ?

Les vaches (par Cécile Richard)

Une nuit de pleine lune les vaches sont dépecées dans le pré. Les vaches complètements tuées. C’est pas possible d’aller tuer des vaches à minuit. Dans un pré au clair de lune. Une vache c’est un être humain c’est comme vous. Les types c’est des bandits, des ordures, des moins que rien. Une vache c’est comme vous c’est content de vivre. Des sales types débarquent comme ça à minuit. Tu retrouves la peau et la tête. Sur une vache y’a de quoi manger pendant six mois.

Poème de l’homme buildé qui se greffa une tête morte de crevette à Libercourt

ça dégouline comme des petits pois
sur ma nuque
le jus beige dans ma tête
gluo-phosphorescente
à l’odeur de pastèque qui fouette
d’anus de mouette
et de bouts de doigts visqueux de dame qui vend les poissons crevés au marché
en grosses poignées poisseuses
« en train de se décomposer,
m’a dit le médecin,
votre nouvelle tête ne passera pas l’été »
et l’ordure se répand déjà
dans mes viandes tonics
mes sucs fitness
comme des îlots de peste mauve

Homme avec une tête de crevette

Dedans dehors (par S1mio-mustyk et Sous-Lieutenand’ès Pontif)

Dehors des hordes de zombis m’attendent. Ils me regardent vaguement quand je presse le pas. Avec leurs sourires polis et leurs airs bien gentils, Qu’ils m’effraient ! Si lisses si lisses, ils sentent bien en moi que je suis une brebis égarée, que mon cerveau pue la sueur d’avoir trop tourné au-dedans tant et si bien que je maigris à vue d’œil, jusqu’à devenir évanescent je me décompose. Mais eux, non, ils tiennent, à défaut d’être droits, fermement refermés bien tenus par leurs habits quand je suis vêtu comme un affamé,