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Les POèmes

J’attends que le mensonge

C’est matinée quinze heures
Genre.
Genre, j’enchaîne cigarettes et cafés d’une démarche tonique
Et
J’attends que le mensonge
J’attends que le mensonge
J’attends que le mensonge.

Me suis cuité tout doux hier
Pas vraiment trop l’envie
Ni le très bon timing faut dire
Avec un pote
Avec un pote
À trois copains donc
À courir
Courir après d’autres potes
Toute la nuit
Et puis des meufs aussi
Paraît.

J’attends que le mensonge
Allées venues cycliques, ranger les assiettes
Je me dis une fois de plus
Qu’il va falloir un jour
Genre m’organiser
Pour les dimanches mais je sais
Que j’en ai rien à foutre en fait
Et trois fois rien à foutre
Du dimanche, ce qu’on en fait, et des assiettes.
J’attends que le mensonge et je regarde mes assiettes
Et je sais pas. Ça me fait rire.

Ça a été encore hier
Un beau moment de vie de schlag
Avec
Les gens de la tablée
Qui avaient tous un look de merde
Genre copié contrôle V ricain
Mais rien de la
Culture qui viendrait avec
Du genre pas trente ans redneck
Du genre pas redneck
Parce que CITADIN.
J’ai bien tenté parler de rap
Mais nique sa mère, le mec
Disait qu’Haroun, c’était pas très intéressant
Et puis plus tard
Qu’il préférait Seth Gueko
Plutôt qu’Alkpote ; a enchaîné sur
Les Casseurs Flowters
Qu’est-ce que tu veux ?
J’ai pas cherché.

La cour où on était
Ressemblait plus à un garage
Sans toit,
Le sol tout bétonné,
Mais tout le monde était content,
Tout le monde disait
Ça tue ici ça tue
Les joints tournaient pas trop et
Ceux chez qui on était ont expliqué
Qu’ils voulaient transformer l’endroit
En secret bar pour cet été
Faire payer leurs potes
Pour les bières d’after
Ils s’inquiétaient
Du côté juridique
De la chose.
On attendait apparemment
Un type avec un surnom à la con
Qui aurait sûrement du speed,
Moi j’attendais que le mensonge.

J’ai essayé un peu
De brancher la blonde à ma droite et un moment
Elle a phasé
Sur ce terme, « paradoxal »
Dans la conversation,
A dit qu’elle adorait ce mot
Que ça lui rappelait
Un clip de Channel – une pub
Qu’il fallait tous
Absolument
Qu’on voie. Après tout ça
J’ai plus vraiment cherché
À lui parler. Et puis de toute façon
Elle a changé de place un peu plus tard.

Quand il restait vraiment personne
À part nous trois
Et puis une des meufs chez qui on était tous
Et la table remplie de bières
Pas finies, pas même ouvertes
Quand j’ai compris, là seulement
Qu’en plus d’être mignonne
Elle était célibataire
J’avais pas du tout envie,
Et je sais bien qu’à ce moment
J’ai pu prétendre le contraire,
Mais j’avais pas du tout envie.

Je rallume une clope
Je refais du café mais je me rends compte
Que j’ai pas envie d’une clope, pas plus que
D’un café non plus alors
Je bazarde les deux, j’essaie de raccrocher
Un peu ce livre que j’ai commencé
« La crise de la culture » mais je sais bien
Que jusqu’à fin d’aujourd’hui j’en aurai
Rien à foutre.

J’attends que le mensonge.
J’attends que le mensonge.
À l’extérieur après,
Dans les doigts le mégot
Que j’ai repris et rallumé
J’attends que le mensonge et me dis
Qu’on s’en fout de tout ça
Que c’est moche et qu’en plus
Encore un coup ça met
Trop longtemps à mourir.