Publications de {Biloutaski}

Mon ventre est gros
Mon ventre est gonflé
Mon ventre est descendu
Mon ventre est rond
Mon ventre est un caveau
Mon ventre est hideux
Mon ventre est moche
Mon ventre est un cimetière
Mon ventre est toujours froid
Mon ventre est parti
Mon ventre est bas
Mon ventre est tombant
Mon ventre est plat
Mon ventre est un club de zumba
Mon ventre est énorme
Mon ventre est dur
Mon ventre est un tamtam
Mon ventre est très petit
Mon ventre est comme un vin qui n’a pas été ouvert
Mon ventre est différent
Mon ventre est abîmé
Mon ventre est pas prêt
Mon ventre est définitivement un FDP
Mon ventre est aussi vide que mon frigo
Mon ventre est un gouffre
Mon ventre est sexy
Mon ventre est beaucoup trop important
Mon ventre est chaud
Mon ventre est déjà arrondi
Mon ventre est un poison
Mon ventre est plein
Mon ventre est tout fripé
Mon ventre est flasque
Mon ventre est ballonné
Mon ventre est une bête vorace, avide de tremblements
Mon ventre est à moi et ce qui est dedans est à moi
Mon ventre est vexé
Mon ventre est le plancher
Mon ventre est la source de vie et le berceau de la naissance de mon bébé
Mon ventre est en terre, humide, comme uni à la terre que je foule
Mon ventre est un champ d’expérience perpétuel
Mon ventre est comme rempli d’aiguilles et d’éclats de verre
Mon ventre est de plus en plus douloureux
Mon ventre est l’objet d’une sensation très vague, imprécise
Mon ventre est rose
Mon ventre est complètement détendu
Mon ventre est une grosse fraise
Mon ventre est jaune
Mon ventre est argenté
Mon ventre est la seule chose qui prend du volume
Mon ventre est troué
Mon ventre est ravi
Mon ventre est redevenu plus ferme
Mon ventre est ma fiancée
Mon ventre est un peu plus mou
Mon ventre est aussi un ballon de basket-ball qui permet de faire des sons électroniques
Mon ventre est hors-jeu
Mon ventre est plutôt clair voire totalement blanc
Mon ventre est ferme et tonique
Mon ventre est encore plus malade
Mon ventre est le dictateur de mes envies de recettes
Mon ventre est hyper-sensible
Mon ventre est enflé
Mon ventre est à proximité de mon sexe
Mon ventre est très bien soutenu
Mon ventre est en train de fondre
Mon ventre est disproportionné
Mon ventre est multicolore
Mon ventre est bien visible
Mon ventre est une cata
Mon ventre est plus joli à regarder
Mon ventre est fertile
Mon ventre est encore trop noué
Mon ventre est enfin en paix
Mon ventre est si léger que je ne peux aller si loin
Mon ventre est bosselé
Mon ventre est malade du feu brûlant
Mon ventre est toujours aussi écarlate et brûlant
Mon ventre est mort
Mon ventre est horrible
Mon ventre est comme anesthésié
Mon ventre est inexistant
Mon ventre est lourd
Mon ventre est dégonflé
Mon ventre est de couleur crème
Mon ventre est tiraillé par la faim
Mon ventre est de nouveau au naturel
Mon ventre est sensible
Mon ventre est mon point faible
Mon ventre est en ébullition
Mon ventre est trop maigre
Mon ventre est rempli
Mon ventre est gros mais il y a encore de la place pour une bonne bite

Le jour le ventre

Il faut beaucoup de bruits, beaucoup de lumières, autour de soi pour ne pas apercevoir que germe, que s’étend à partir de là où on savait, depuis longtemps, pouvoir le trouver, à partir de cet endroit que le doigt sait précisément toucher sans se tromper, et jusqu’à plus loin qu’on aurait cru qu’il puisse aller, à vrai dire si peu soucieux de lui et de son emplacement que la pensée même de son éventuelle extension aurait été étrangère, intruse dans un corps, une trajectoire du corps miroitée et remiroitée dans ce qu’on appelle la tête, intruse dans une trajectoire du corps jamais retardée ou déviée par l’attrait de ce que contiennent les territoires intestins ; il faut beaucoup de bruits, beaucoup de lumières autour de soi pour ne pas apercevoir que s’étend, de proche en proche, à son plus haut niveau la nuit, et retiré, retranché, le jour dans son repaire dans un creux de l’estomac, mais chaque jour un peu moins retiré, laissant le souvenir de sa présence là où il vivait en maître la nuit, laissant quelque chose comme l’empreinte de lui-même dans les boyaux, l’empreinte du maximum de son extension, comme pour le fleuve son lit et la trace sur les murs de ses plus hautes crues, laissant quelque chose comme son odeur, moins que l’odeur, le souvenir de l’odeur encore dans le nez et qui fait craindre, quelques instants, à celui qui la sent, de ne plus jamais pouvoir s’en défaire, de ne plus jamais pouvoir goûter à, l’air frais, l’innocence de l’air frais, de ne plus jamais pouvoir respirer tranquillement, à l’abri des intrusions de ce qui menace de s’étendre, conquérant, insatisfait de n’être maître que la nuit, de n’être maître que de la nuit, la nuit nourri de ce que l’immobilité du corps peut suer de pensées quand s’arrêtent les rotatives qui nous entraînaient avec elles, requérant toutes nos forces pour nous traîner avec elles, quand s’arrêtent toutes les demandes, toutes les nécessités de faire ceci ou de dire cela, qu’il ne reste plus que la fatigue qui finit toujours par nous attirer à elle, et nous allonge, nous immobilise, et, déserrant les mains, laisse s’envoler les voiles que l’on avait tissé autour de soi pour ne pas se regarder, et fait suer les pensées dont se nourrit ce qui, situé dans la ventre sinon le ventre lui-même, essaye de s’accroître ainsi nourri, essaye de trouver une forme en dehors de la nuit, essaye de supporter la lumière qui jadis parvenait à le brûler, la lumière du jour dont la chaleur lavait la carcasse des rêves dont elle s’était alourdie ; quelque chose dans le ventre essaye de s’habituer aux brûlures de la lumière du jour, quelque chose dans le ventre se sent à l’étroit dans le ventre, se sent à l’étroit dans la nuit, et tentera d’annexer le ventre, puis la nuit, puis le jour, et enfin la peau qui ne pourra plus rien toucher sans en faire une proie, un moyen de donner forme à ce qui, caché dans le ventre, cherche à s’étendre.

La nuit le ventre

Certaines nuits le ventre tire à lui les sucs perdus par toutes les petites incisions du corps, individuellement dérisoires, négligées le jour par l’attention serrée aux yeux, aux bras tendus et mains fermées. Ces nuits le ventre éveille, luit du mauve des meurtrissures avalées, couches inférieures du fruit blet, et appelle pour que quelqu’un l’écoute, m’appelle moi le premier, moi qui suis seul quand mon ventre gronde, me gronde d’avoir couvert sa voix de ma voix, et pour une fois ne peux que me taire obligé de considérer sa présence. La nuit face au ventre, les yeux tournés à l’intérieur, le visage comme paroi commune à la tête et au ventre, plus aucune plaisanterie ne vient à l’esprit, à la voix, n’ayant plus personne à qui les raconter, et les poumons ne s’éclairent de plus aucune lumière extérieure, tout ayant pour une fois arrêté de scintiller autour de soi.