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Crevette

Cervelette

Pas beau les résultats du scanner.

3 semaines avec le crâne sous la grosse truelle d’un char
chenille dans les méninges
et la cervelle
servant de bout de mâchouille à une boule-dogue abstrait

C’est pas beau les résultats du scanner de votre cervelle.

me dit le scannerologue
avec sa gueule d’ampoule convulsive de diaphane
il a l’air de s’y connaître en moche
au vu de ses joues tant blanchâtres
qu’on les croirait relui au sperme de béluga

Ce n’est pas bon tout ça

dit-il en manipulant les images médicales de ma tête de linotte
alors je me dis
je me suis peut-être trop éclaté le cerveau avec les fêtes et l’alcool et les drogues
comme le moindre abruti venu
sauf que mon cerveau semble avoir la constitution
un peu soupe-au-lait
d’une limace
faiblarde…

voyez ceci…

je vois cela
je regarde comme s’il me montrait une photocopie
de la vérité de l’univers
sauf c’est
une grosse noix en noir et blanc
et…euh… une masse euh… une sorte de courgette sombre…

C’est une crevette… On l’appelle Cervelette, la crevette du cerveau
(c’est pas moi qui ai choisi le nom précise-t-il)
(mais un chirurgien pas drôle)
je regarde attentivement, effectivement, on voit la grosse
tête qu’on aime bien décapiter sauvagement et les petites pattes qui font
chier
à
enlever
(et qui se foutent sous les ongles en petites gadoues de chair)
alors je demande si y’a moyen de retirer tout ça
avec une bonne chirurgie des familles
et que je la bouffe ensuite avec de la mayo et du paprika 🙂
(et je rigole comme un con)
(il me regarde dépité)
(comme une espèce de bite molle devant quatorze topless)
(ou un steak devant trente zombies)

vous voyez ces fines tiges qui couvrent la zone de votre cerveau
oui je vois ces fines tiges qui couvrent la zone de mon cerveau
ce sont ses antennes, elle en possède une dizaine,
avec le temps, elles s’entortillent dans les réseaux nerveux
comme des… euh…
de lierres ?…
au bout d’un moment les antennes sont beaucoup trop intriquées avec la matière
grise
ce n’est plus opérable…

et du coup qu’est-ce que je fous moi ?
je vous conseille cette association spécialisée dans les cerveaux crevette

me tend un fascicule
qui sent la mort
le destin au burin
le ciel qui se disloque en morceaux de désespoir sec
comme des biscuits de feu

il va se passer quoi ? Je vais crever ?
oui… dans les prochaines semaines.
Putain. On attrape cette saloperie comment ?
les surimis infectés…

Putain.
J’ai jamais aimé les surimis.

Les jours qui suivent
par goût de la provocation
il avale une cuillère de mayonnaise chaque matin
et chaque soir croque des crevettes roses
en leur arrachant la tête sans sommation.
sa meuf le quitte parce qu’elle n’est pas capable
de soutenir son regard de chien malingre qui sèche
sur le séchoir à linge de la mort
de supporter
son air de baleine qui éclate de dedans
et qui va se noyer dans ses organes
en plus elle lui a dit
maintenant quand on fait l’amour
je vois cette grosse gambas dans ton crâne
se trémousser
ça me fait des houles de hauts de cœur
et une envie de gerber effroyable

son sperme est devenu
une espèce de jus de crevette
spongieux
et il ne se branle plus que devant
du shrimp porn.

le désespoir l’avale tout cru
avec une envie de boulette de viande
le désespoir le goudronne de glaire
mouchure et sécrétion.

il se dévisage dans le miroir
la détresse a creusé ses traits
ses joues ses yeux son nombril
les trous et les boules de son corps
pour les creuser plus et les crever.

la salicoque mâchouille
ses pensées
sans scrupule
comme des algues minuscules
Les symptômes des derniers jours sont décrits ainsi
sur doctissimo :

« une impression barboteuse
barbouillante ondoyante
des visions de mer primitive
se sentir minuscule
zooplancton
fragile mais intouchable
au cœur des immensités électriques
où pullulent les cafards
en nébuleuses noires »

mais c’est peut-être un peu
trop lyrique.