Dedans dehors (par S1mio-mustyk et Sous-Lieutenand’ès Pontif)

Dehors des hordes de zombis m’attendent. Ils me regardent vaguement quand je presse le pas. Avec leurs sourires polis et leurs airs bien gentils, Qu’ils m’effraient ! Si lisses si lisses, ils sentent bien en moi que je suis une brebis égarée, que mon cerveau pue la sueur d’avoir trop tourné au-dedans tant et si bien que je maigris à vue d’œil, jusqu’à devenir évanescent je me décompose. Mais eux, non, ils tiennent, à défaut d’être droits, fermement refermés bien tenus par leurs habits quand je suis vêtu comme un affamé, il va bien falloir finir par avouer que j’en suis car
       dehors, on est toujours le mort-vivant de quelqu’un. Une armée asservie par les propos stériles et les mornes incantations prêchant des désirs trop ordinaires. Et ils se mettent à la queue, mais sans doute, vu du dehors j’ai la même gueule de déterré. Si ce n’est de zombi. Je dois ressembler à un vampire plus pâle que le ciel qui m’agresse vers huit heures quand mes cernes frôlent mes mâchoires et mes jambes tordues sous le poids de ma décadence cadencée au rythme de deux soirs par semaine à 210 BPM (puissance nécessaire à l’éveil des morts courroucés au point de venir cogner me demander de baisser et d’arrêter de pisser ou de vomir sur le trottoir quand il y a déjà quelqu’un aux toilettes).
       Dehors, on est toujours le mort-vivant de quelqu’un. J’observe cette chair glacée qui me compose. Et je me vois dehors la fenêtre du dedans. Toujours en moi que je m’observe comme une chose étrangère qui élut domicile en moi… en quoi ? Après ce quoi, je m’ouvre le crâne et triture fouille et farfouille les méandres de mes organes à la recherche de l’endroit d’où ça parle. Mais à part mon estomac besogneux je ne trouve nulle bouche accolée à mon oreille interne, que je cherche encore. Et me voici ébloui par ce que je viens de projeter au-dehors… Car c’est moi encore moi que je vois dehors regarder par la fenêtre un moi dehors, à mesure que je sors de ce regard, je rentre en moi-même et je me vois toujours dehors en une infinité d’itérations qui m’éloignent encore davantage de moimême. Je remonte la chaîne de mes regards, je creuse, et creuse encore désespérément à la recherche du dedans mais je ne parviens jamais à rentrer dans la pièce où je ne me verrais plus en train d’être regardé. Le dur dehors dure et je m’use à chercher la porte d’entrée. Mon dehors qui fait signe et me singe, ou suis-je mon propre singe ? Où ne le serais-je plus ?
       J’ai vraiment très froid ce matin, à l’idée que je ne suis que des tiges de métal, les barreaux d’une prison congelée qui ignore ce qu’elle empêche de sortir. Dehors, on est toujours le mort-vivant de quelqu’un et je crains d’être le mien

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