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Les POèmes

La fille d’automne

(on l’appelle la fille d’automne) elle aime du bout de ses lèvres arrachées (qu’elle étale) avec quelque langueur certaine (le sang de ses plaies) sur les lèvres de celle qu’elle a aimée (un soir) de lune pleine comme une outre (à vomir sa boule de nerfs au ventre) langue contre langue
ivresse contre joie des profondeurs (elle voudrait s’enfoncer) au fond de sa gorge (adopter sa voix) saisir son regard (sentir ses poils se dresser sur les bras) s’étourdir des feuilles mortes (qui virevoltent autour d’elles) elle s’éveille au son libre des corps (en union) le bruissement des feuilles
le bruissement d’ailes des bêtes à bon dieu (qui flottent en nuées d’espérance) craquements d’insectes au sol (et pourritures en devenir) décor mouvant (bruyant) de leurs amours charnelles (au son lointain des tamtams) elles s’offrent au regard émerveillé du curieux animal
(l’homme en prélude) qui les regarde de loin (dissimulé sous) (des lambeaux de peaux tannées) au son lointain des tamtams (elles tirent à lui tout sentiment de proximité) à l’horreur d’une nudité soudaine (dépouillant la crispation soudaine de l’instant) ils se rencontrent
sous la lune (gonflée de leurs ébats) la nuit s’étire (se prolonge) entre ses cuisses offertes à la nuit (comme un rayon de soleil) où s’enfonce et s’engouffre (l’homme nouveau) couvert d’insectes (de bêtes à bon dieu) grouillant sur sa peau nouvelle (au son lointain des tamtams)
initiation tardive (des corps mourant) la beauté (des plaies et des sutures) suintantes beautés sous la lune pleine (dégoulinante de stupres et des visages blessés) de l’éclat d’un orage (au son des tamtams) s’enterrent les vieilles persécutions d’hier (d’aujourd’hui)
sorcière lascive des souvenirs (en éveil, toujours) en éveil (les insectes comme des milliers d’yeux ouverts) sur la peau (sur les plaies) à travers elles (elle lui susurre) que le temps n’existe plus (depuis longtemps déjà) se met-elle à rire (le temps n’existe plus) tu es au seuil
(tu es au seuil) maintenant se met-elle à rire (il est temps) continue-t-elle de rire (de t’oublier) au son prochain des tamtams (son rire déchire le voile de la lune) l’homme soleil a les os trempés (par la mouille étoilée de la lune) il sourit (bêtement) et se soumet à son regard
sa face éclatée de lumière (ses souvenirs se dispersent au rythme d’un souffle nouveau) souffle fœtus qu’elle déchire à pleines dents (elle respire son souffle) l’engouffre dans ses poumons (son ventre grossit) l’homme soleil se liquéfie (dans la puissance de ses battements de cils)
longs cils de feu (des terreurs éblouies qu’elle enfante) parmi les bêtes d’orages (petites bêtes à bon dieu incandescentes) incantation silencieuse (elle le dévore des yeux) ils s’embrassent une énième fois (s’oublient dans l’instant d’un retour) éternellement remis à demain (à demain)
c’est dans le bourdonnement des insectes (qu’ils se sont aimés) au sein d’une absence assourdissante de devenir (ils ont figé l’instant) de leur rencontre (d’un embaumement sans nom) nom qu’ils ont oublié (à la rupture du temps) force de l’avoir toujours prononcé (en secret)
c’est toujours qu’ils se sont connus (dans l’éternité qu’ils se sont aimés) dans le bruissement des feuilles d’automne (on l’appelait la fille d’automne) au son ininterrompu des tamtams (ils se mirent à danser) aujourd’hui encore (à qui sait entendre) il est possible de les voir danser
ils dansent secrètement (une danse secrète) s’aiment secrètement (d’un amour secret) ni l’un ni l’autre (sous la lune) ne comprend (en l’absence de temps) pour réfléchir ce qui tend (leurs corps) en secret (vers l’origine et la fin de leurs blessures) cet incessant mouvement leurs plaies vives brillent dans la nuit éternelle de leurs pures amours (son rire résonne dans la nuit des temps) c’est de demain qu’ils sont revenus (qu’ils se sont arrachés à dessein) au devenir (d’une nuit mourrante) qu’ils se sont aimés (qu’ils se sont aimés) nécessairement.