Les vaches (par Cécile Richard)

Une nuit de pleine lune les vaches sont dépecées dans le pré. Les vaches complètements tuées. C’est pas possible d’aller tuer des vaches à minuit. Dans un pré au clair de lune. Une vache c’est un être humain c’est comme vous. Les types c’est des bandits, des ordures, des moins que rien. Une vache c’est comme vous c’est content de vivre. Des sales types débarquent comme ça à minuit. Tu retrouves la peau et la tête. Sur une vache y’a de quoi manger pendant six mois. Dépecer une vache à minuit dans un pré au clair de lune. Au milieu des excréments faut avoir envie quand même pour manger après. L’histoire dit étranges braquages de viande-vaches mutilées. La police cherche les auteurs de ce forfait ensuite les rumeurs. Quand même tout ce sang sur la terre. Bonjour mon adjudant. Bonjour monsieur le maire. Tout le monde bonjour et tout le monde la rumeur. Vous avez entendu quelque chose. J’ai pas vu grand-chose mais on peut continuer. Coopérer comme d’habitude. Je peux vous amener des informations. La police pense. Dépecer une vache au milieu d’un pré ça va finir par se faire partout. Celle-là elle était prête à vêler. Celle-là a eu des souffrances terribles. Combien de bêtes tuées chez vous. Trois grosses vaches. Les cuisses les épaules la tête. Le troupeau a chargé peut-être. C’est sûrement une bande de voyous spécialisés. Et les vaches dans tout ça on a fait des croisements. Une vache de travail. Une vache qui étudie. Une rouge. Une blanche. Une qui a un 6ème sens. Une très affectueuse. Une très intelligente. Une vache c’est de la matière vivante. Le soir on va les voir. Elles sont heureuses de vivre. C’est des voyous qui ont fait ça. J’ai mon idée. Ils connaissent le coin comme leur poche. On peut rien dire. Je fais des rondes, mais je vais pas vous dire comment. On sait pas comment ça finit. C’est un vice qui va leur coûter cher. Bonjour capitaine. Bonjour adjudant. Tout le monde bonjour. Moi je sais reconnaître un taureau d’une vache. Une rouge d’une blanche. Tout n’est pas rose. Y’a devant les façades des maisons et puis y’a derrière. Y’a souvent des problèmes de famille. Les gens parlent beaucoup. Les rancœurs les vieilles jalousies des histoires de foin. Moi je m’occupe pas des gens. C’est le monde à l’envers. C’est en dépit du bon sens. Dans un pré au clair de lune. On a qu’à les laisser tranquilles les vaches à minuit. On vit dans un monde de fous. Les gars veulent plus travailler ils veulent vivre. C’est comme les pièges à loups. C’est pas moi. Comment voulez-vous qu’on ait une idée. Il est pas possible qu’on ait une idée. Bonjour monsieur. Bonjour madame. Vous êtes éleveur. J’élève des blanches d’aquitaine. Elles sont à l’abri de tout normalement. On va leur donner du foin. Quand on a faim y’a de tout ici. Des sangliers des chevreuils. Tout le monde est unanime. Et si c’est une vache malade. Elles ont toujours un air un peu bizarre les vaches. Ah mais c’est parce que vous n’avez pas vu leur sourire. Le sourire d’une vache c’est pas comme le sourire d’un être humain. Le sourire d’une vache c’est pas du tout la même chose. Une vache elle s’exprime en levant la tête et elle bouge les oreilles. La vache elle exprime la curiosité et elle écoute. Elle connaît le tracteur la vache. Je fais un tour au milieu. C’est le plancher des vaches.








Bizoubiz déballe son plus beau tapis rouge avec de la soie ultra-violette et des tâches de vache pour accueillir dans son établissement underground cocktail une star internationale de l’écriture, Cécile Richard ! En plus elle n’est pas là les mains vides, son nouveau recueil en main, elle dédicace autant qu’elle est prise en photo par ses fans inconditionnels.

Vous pouvez trouver son dernier recueil directement sur le site du Dernier Télégramme :
https://www.derniertelegramme.fr/Madame-Nane