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Les POèmes

MARMITE

Un premier monstre vint
Pour voir la fleur
Au cœur,
Au creux
Au ventre encore non éclose

Mais son corps en bougeant et
Tout geste de ses bras
Amenaient avec lui les souffles longs qu’ont les automobiles,
La puanteur et les particules bougeaient avec lui,
Et la glorieuse fleur ne s’ouvrit pas.

Un second monstre vint
Pour voir la fleur au cœur
Au creux
Au ventre encore non éclose.

Mais son odeur excentrique et chargée de parfums
Des cuissons de sésames du fin fond du monde
SI tant est que le monde
MONSEIGNEUR
est une MARMITE,
Sa parole emmitouflée de pesanteurs
Qui lui mangeaient les lèvres,
Le rendaient innommable.
Et la fleur en ennui ne s’ouvrit pas.

Vint un troisième monstre
Et la fleur en émoi qui venait à s’ouvrir
Qui était presque ouverte
Qui n’allait pas tarder à finir d’être ouverte
Qui ne finissait pas d’en finir,
D’en finir
Infiniment et indéfiniment
De s’ouvrir
Répandit ses parfums
Répandit ses couleurs
Mais alors le grand monstre se détourna d’elle et il dit :

Dans le ventre des villes
Irons l’estomac creux,
Chargé à blanc par les fritures qu’ouvriers de la terre aseptique
Nous distribueront,

Nous repaîtrons des
Restes et relents
Substrats épileptiques
Qu’auront abandonné derrière elles
Toutes les traditions.

Sur les cimes irons,
Résonneront sur notre route les chants des sorcières,
Randélikis,
Alecktoula
Et cette vieille aussi,
Sans nom, sans visage et sans mains.

Loin derrière, grognant sur les empreintes
Que laisseront nos enjambées en boue
Résonneront leurs chants,
Tandis que,
Par devant nous dans les sentiers
Ceux des sorciers arriveront.

Mais poursuivrons aussi.
Porterons fiers la terre, les herbes, les offrandes
Jusques au cœur battant des villes,
Résonnant des souffles et des respirations
C’est poumon noir par ici Kaï !
L’air qui s’appuiera sur nous Kai !
Et la ville avalera nos offrandes.
Nous trouverons sa bouche
Édentée, piètre,
Et l’aimerons sa bouche.

Et nous irons à pieds.
Sur ses lèvres en bordées d’alignement de masures identiques
Hébétées, identiques,
Nous irons à pieds.

Entrerons dans sa bouche.
Piétinerons, dans les allées macadamées
sous éclairages électriques et parfois
Saisis nous serons aussi écrasés par sa lumière.

Viendront les premiers monstres,
Traîneront claquements de leurs gueules immenses en percussion
Traîneront derrière eux les offrandes
Contre les galeries aux carreaux céramiques.