Cyberpunk (par Heptanes Fraxion)

ta meilleure amie s’est réveillée tard
ta meilleure amie est crevée
ta meilleure amie a ses règles
toi aussi
un genre d’anticoagulant qui te mets les larmes aux yeux pour un rien
sentiment d’insécurité permanent
fais chier
ton appartement essaie de te manger
fais chier
tes bijoux sont devenus des mâchoires
fais chier
ta peau devient constrictive
fais chier
besoin d’un pic de stress
besoin de parler à tout prix
mais d’abord intoxication
tu t’injectes ta dose de transréalisme
direct dans le cortex
tu as la tête qui tourne
tu ne peux pas rester ici
tes yeux bronzent d’un coup
et tu traces
ailes de ptérodactyle qui font voler ta bagnole
soleil couchant qui crée des rues dans le ciel de l’hypercentre
tu lis la presse
tu mates des culs
parfois l’inverse
ton pote te traite de tocard
ton pote qui ne l’est plus vraiment
comme le prouvent ses lunettes de soleil vintage ses chaussures compensées et ses cheveux gominés
il te présente sa fiancée
une vedette du réseau social
une voix à avoir un 07
ses tatouages la rendent phosphorescente
elle a vite fait de te trouver pathétique toi et la vie dans laquelle tu patauges en rigolant
et tu ne peux guère la contredire
sa mère la pute
tu la trouves prétentieuse
narcissique et prétentieuse
à cautionner le statu quo pour mieux justifier son militantisme
tout ça se ressemble au final
psychoses qui nous anéantissent
bref
un barbu aux gros seins et aux pulsions agressives tient absolument à te montrer son nouveau pénis de 50 centimètres
tu déclines l’offre en répliquant
que tu préfères le chibre de ta meuf
fille de tes rêves
brune pulpeuse au possible
brune tactile qui te fait profiter de sa manucure
maman dont les baisers dispensent des opiacés
maman également de deux braques de Weimar
tu ne peux pas savoir ce qu’elle a dû affronter pour évoluer
alors elle t’explique son théâtre mental
conjurer la mort en la rejouant encore et toujours
et c’est comme faire des piles électriques avec des bactéries
trop sexy quand elle dit ça
trop trop sexy
dehors
des sosies de partout
des sosies aux yeux de lézards qui transportent certains de tes souvenirs les plus intimes
horreur de la gémellité généralisée
tu installes l’antivirus qui les supprime
synesthésie
qui te fait comprendre combien t’es seul au plus profond de la nuit
sous les fluides de la pluie
le soleil est dans ton coeur maintenant
et tu fredonnes des apocalypses comme un homme muet qui n’aurait pas de nom
 

I can fly

I believe te penses-tu
Tête d’âne-veau avec la nuit à la ville qui défile à la vitre
Comme une pelote d’immeubles
Une chiffonnade d’ombres
Tu penches ta tête dans les touffes du vent
Et tu signes des chèques en claquant des fans d’œil
J’achète tout ce que je croise à plus 90 km/h
Parce que c’est illégal
D’une paupière fleur-odorante
et pourquoi pas faire acte de scission
Sciemment
prendre des armées d’armes
des tas de tanks des légions de poufs chauves
et le grand tétrasaure de titane
frappeur d’anéantissement algorithmique
pour vivre un jour de grosse éclate
avec du sang sur les mains
un soleil majeur d’août
des poings en forme de citrons pompom-girls
et finir par s’égoutter comme un lardon au fond d’une poêle sourde
sous les ruches bourdonnantes des gras sarcastiques
perdre un peu de sucs mal assortis
les mauvaises humeurs
traîner une vieille trombine à suppositoire mélancolique
déstabilisante
ou je suppose
totalement le contraire
tu devrais avoir l’air happy et
des boulettes de bonheur plein les joues
au firmament
faire oui oui
sourire spaghetti.

visage bleu

visage bleu
tu avais l’air de rien et je ne m’y attendais pas (je ne m’attends plus à rien) on m’a touché puis comme le voile subtil qui soutient l’illusion la vie s’est retirée (la vraie vie) celle qu’on poursuit inlassablement et malgré tout, nous avons vécu (survécu tu m’as touché) (quelque chose de l’ordre du toucher) d’un contact qui ne dit pas son nom (rien ni personne ne porte bien son nom) mais quand même, il y’avait ce quelque chose (et son absence) notre rire qui remplit le vide (de son absence) néanmoins il nous manquait le mot (le nom) la chose (en ton absence) (en son absence) tu avais l’air de rien dite comme ça et pourtant je tombais (je tombe inlassablement) j’ai l’habitude des chutes et des muscles à tendre pour se relever du vide ainsi creusé entre nous (l’attente aux alentours)
nous sommes heureux (c’est donc de cela qu’il s’agit) (du bonheur qui circule entre nos doigts) traverse nos peaux (supprime ce qui en soi nous limite) nous partageons notre bonheur (nous sommes heureux de ce qui nous traverse) il neige des pelures de peau sur ta peau ça nous surprend (nos deux corps que tu avales avec ta grande bouche) plus rien ne m’étonne nous sourions unis comme deux âmes athées (entées à un dieu mort) la neige tombe phosphorescente et douce (tu ris de mon incapacité à pleurer) nous pleurons de rire et d’amour (de mon incapacité à pleurer) nous sourions de notre inconséquence (à perdre la peau de nos deux ou trois bouches) corrompu jusqu’à l’os (le bonheur se trame à l’horizon)
nous passons à côté (ou bien de l’autre côté) (il n’y pas d’autres manières de passer) nos deux corps l’un après l’autre (l’un à côté de l’autre) (l’un contre l’autre) sans s’encombrer d’une question (ou d’une autre) le bonheur nous surplombe (nous sourions) il n’y a pas lieu de s’interroger (tu m’interroges je t’interroge) sans conséquences (je m’interroge) (nous sourions de notre inconséquence) je n’ai pas lieu de pleurer (tu essuies mes larmes) nous avons tout pour en rire (je n’arrive pas à pleurer) c’est à cause du produit à l’intérieur de toi (de ce qui se produit en toi) il n’y a rien qui se produit en moi je te répète (tout se produit en toi je te répète) je me répète (c’est d’amour qu’il nous faudrait parler) oh oui,