silence des tissus

je m’étais promis (plus jamais) il a suffi d’un déplacement d’air (généré par toi) le mouvement de tes lèvres (sans même je crois t’en rendre compte) (tu as cette délicatesse) auprès du mur (je m’abandonnai) sans même je crois m’en rendre compte (indélicat comme je sais l’être parfois) il a suffi d’un mouvement de tes lèvres (je m’abandonnai) à ton battement de cils (à l’écoute des moindres de tes pulsations)
patience disais-tu (tout s’efface) même cette encre indélébile sur la peau (maquillage imposé par la situation) certains dorment encore (tu dois faire preuve de patience) ôter le maquillage sur ta peau (gratter) tu grattes la peau (jusqu’au saignement) puis te replies rêveusement (merveilleux écorchements) dans la béance d’un corps en plein effleurement

efflorescence des corps qu’on malmène (dont on oublie l’empreinte) le va-et-vient au creux de tes veines (tu sens venir l’ivresse souterraine) les bruits de fond qui fleurent à la surface (tu te maintiens) à la surface (tu ne connais d’autre profondeur) que la surface
tu retiens ton souffle (l’angoisse te saisit au ventre) puis ailleurs (sur toute la surface du corps) la surface des entrailles (celles qui croissent à l’intérieur du crâne) tu as perdu la mémoire (le souvenir de l’oubli) qui encore te permettait de t’inscrire (quelque part) au sein d’une parole (ta parole) tu n’as plus de parole qu’une longue membrane (surface des corps qui se touchent et se frôlent) tu maintiens le silence des tissus (ces tissus sourdement t’étranglent)

quelque chose

Nous voulions continuer (nous l’avons toujours voulu) seulement (oui seulement) il nous manquait (il nous a toujours manqué) quelque chose (quelque petite chose) peut-être notre corps (l’un contre l’autre) l’un contre l’autre (pourtant) nous y parvenions.
L’autre s’était tu. Ce n’était pas bien grave (il n’y a pas mort d’homme) et l’honneur pourtant (ce n’est pas bien grave) ils s’enfonçaient dans des désirs à corps perdus (regardaient se dessiner en dents de scies) la neige tomber (les corps tomber) il faut laver le sol à l’eau bouillante.

être humain

dessin d'une femme nue
on dirait qu’il y a de ce qui en nous fait être humain (des êtres-humains) on appelle ça un être humain (au dehors de quoi lorsque le dedans l’appelle et l’appuie)
 
certaines de nos parties (génitales notamment) on devient alors rythmé d’une autre fréquence (c’est alors qu’a cours la métamorphose) métamorphose quasi imperceptible à l’œil nu ou non convenu de la chose
 
non plus flagrante (au début du moins) nous sommes toujours des êtres-humains aux habitudes pour le moins codifiées (à des rythmes plus ou moins coercitifs) des paroles familières (dites sous le ton d’une familiarité naissante,

Danse mécanique

personnage double tête
leur danse mécanique et grotesque dégouline (le grincement des dents) celui du sommier leur corps ne faisant qu’un (avec l’implant) l’implacable vague d’âme

d’une scission impossible (on les aperçoit danser) derrière les rideaux clos (on les entends souffler de leurs naseaux en creux d’enfer)

naseaux de fureurs et d’amours chiennes (l’autorité leur tombe des mains) ils dansent alors dessus et à cloche-pied tant ils se foutent pas mal du temps

(demain on joue à la marelle) sur les traces des autorités le corps s’étend dit-on et de son propre chef (depuis longtemps sous aucun contrôle) on le voit s’étaler piteusement

demain toujours la même tambouille (il tambourine) on s’en fout disent-ils nous sommes ensemble et nous sommes fous (l’éternité leur tend la main)

le temps s’est arrêté de leur donner le tournis (ils jouent les équilibristes) se jouent d’équilibres dont ils inventent les propres règles (en griffonnant de multiples courbes)

on les entends rire et ronfler de très loin (leur sommeil a la lourdeur des arrachements de paupières) elle halète et se rit d’un cauchemar où l’un d’eux devenait chien (ils aboient tous les deux à la lune et se reniflent le cul)

toute la nuit ils ont dormi cul nul (sous la lune) ils ont dormi cul nul toute la nuit sous la lune l’un blotti contre l’autre

L’essaim des mondes

dessin de femme au parapluie coeur
sa fente (l’essaim des mondes) où j’avançai caché (ne sachant d’où je viens) (ne sachant où aller) où veut-elle elle hésite (et fait se balancer les mondes) où j’avançai caché

réduit comme retenu (à moi même) que je dois retenir (j’oublie tout) le goût de ses lèvres (celui de ses seins celui de son sexe) où je fonçai tête baissée (au point de s’oublier)

quand l’étreinte fait retour (que son rire se rappelle à toi) tu es soudain (où tu te sens) entier,