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Dessins

visage bleu

visage bleu

tu avais l’air de rien et je ne m’y attendais pas (je ne m’attends plus à rien) on m’a touché puis comme le voile subtil qui soutient l’illusion la vie s’est retirée (la vraie vie) celle qu’on poursuit inlassablement et malgré tout, nous avons vécu (survécu tu m’as touché) (quelque chose de l’ordre du toucher) d’un contact qui ne dit pas son nom (rien ni personne ne porte bien son nom) mais quand même, il y’avait ce quelque chose (et son absence) notre rire qui remplit le vide (de son absence) néanmoins il nous manquait le mot (le nom) la chose (en ton absence) (en son absence) tu avais l’air de rien dite comme ça et pourtant je tombais (je tombe inlassablement) j’ai l’habitude des chutes et des muscles à tendre pour se relever du vide ainsi creusé entre nous (l’attente aux alentours)

nous sommes heureux (c’est donc de cela qu’il s’agit) (du bonheur qui circule entre nos doigts) traverse nos peaux (supprime ce qui en soi nous limite) nous partageons notre bonheur (nous sommes heureux de ce qui nous traverse) il neige des pelures de peau sur ta peau ça nous surprend (nos deux corps que tu avales avec ta grande bouche) plus rien ne m’étonne nous sourions unis comme deux âmes athées (entées à un dieu mort) la neige tombe phosphorescente et douce (tu ris de mon incapacité à pleurer) nous pleurons de rire et d’amour (de mon incapacité à pleurer) nous sourions de notre inconséquence (à perdre la peau de nos deux ou trois bouches) corrompu jusqu’à l’os (le bonheur se trame à l’horizon)

nous passons à côté (ou bien de l’autre côté) (il n’y pas d’autres manières de passer) nos deux corps l’un après l’autre (l’un à côté de l’autre) (l’un contre l’autre) sans s’encombrer d’une question (ou d’une autre) le bonheur nous surplombe (nous sourions) il n’y a pas lieu de s’interroger (tu m’interroges je t’interroge) sans conséquences (je m’interroge) (nous sourions de notre inconséquence) je n’ai pas lieu de pleurer (tu essuies mes larmes) nous avons tout pour en rire (je n’arrive pas à pleurer) c’est à cause du produit à l’intérieur de toi (de ce qui se produit en toi) il n’y a rien qui se produit en moi je te répète (tout se produit en toi je te répète) je me répète (c’est d’amour qu’il nous faudrait parler) oh oui, oui (un hochement de tête) allons va (renifle un bon coup, on y va)